L’exportation du projet MAGA en Europe
Nationalisme, rejet de la diversité et remise en cause des fondements civilisationnels…
De l’héritage esclavagiste américain aux mouvements identitaires européens, un regard historique et idéologique sur la montée du MAGA…
Le mouvement MAGA («Make America Great Again»), qui a émergé aux États-Unis sous l’égide de Donald Trump et son clan, a eu un impact notable sur les dynamiques politiques et sociales à l’échelle mondiale. Bien que son idéologie soit profondément enracinée dans des considérations américaines, son influence ne se limite pas aux frontières des États-Unis. En Europe, le mouvement MAGA trouve des échos dans les partis politiques d’extrême droite, souvent désignés comme «patriotes», bien que ces groupes soient plus communément associés à des idéologies nationalistes, identitaires, xénophobes et néoconservatrices. Cette influence se manifeste à travers un discours qui s’attaque aux valeurs du multiculturalisme et de la diversité, perçus comme des menaces civilisationnelles pour l’Europe. Ces mouvements s’inscrivent dans un courant de pensée plus large, marqué par une vision essentialiste et ultra-traditionnaliste de la société, qui rejette les transformations sociales et démographiques en cours.
Il est donc fondamental d’interroger les dynamiques idéologiques du mouvement MAGA en Europe, en nous concentrant sur sa volonté d’influencer les débats sociétaux, géopolitiques et civilisationnels. Il est également nécessaire d’analyser l’argumentaire des partisans de cette idéologie qui considèrent l’immigration comme une «dérive décadente» de l’Europe, tout en négligeant les bénéfices économiques et sociaux que cette dernière pourrait apporter en prenant en compte les enjeux politiques, sociétaux et démographiques qui façonnent les contours de cette contagion croissante.
Les racines idéologiques et historiques du mouvement MAGA et leur transposition en Europe
Le mouvement MAGA repose sur une rhétorique nationaliste, populiste et conservatrice visant à restaurer une vision idéalisée de l’Amérique. Ce mouvement, qui se nourrit d’un rejet virulent du cosmopolitisme, de l’immigration et des valeurs progressistes, repose sur l’idée d’un retour à une Amérique «authentique» et «pure», menacée par une mondialisation qu’il juge déstabilisante. En un sens, il s’agit de défendre une identité nationale perçue comme en péril, attaquée par des forces extérieures, mais aussi par une élite politique déconnectée des préoccupations des classes populaires. Ce sentiment de perte d’identité, d’une Amérique «délestée de ses valeurs fondatrices», est profondément ancré dans une vision du monde où la souveraineté nationale et l’homogénéité culturelle doivent être préservées à tout prix.
Pour comprendre pleinement ce phénomène, il est nécessaire de le situer dans une perspective historique plus large, celle de l’histoire des États-Unis marquée par des périodes d’esclavage, de ségrégation raciale et d’affrontements sous-tendus par des idéologies suprémacistes. L’héritage de l’esclavage, qui a duré près de deux siècles et demi en Amérique, est une dimension essentielle pour saisir les racines idéologiques de la pensée MAGA. Les États-Unis ont été fondés sur un système d’exploitation des Noirs africains, dont la condition servile était justifiée par des arguments raciaux qui les considéraient comme inférieurs. Ce discours raciste n’était pas seulement un outil pour maintenir une hiérarchie sociale ; il était aussi l’idéologie sous-jacente permettant aux élites blanches de se sentir supérieures et de justifier l’exploitation des Noirs et le commerce de personnes volontairement déshumanisées pour favoriser la traite négrière. Lorsque l’esclavage a été aboli en 1865 par le 13ème amendement à la Constitution, la domination des Blancs n’a pas disparu mais a été réarticulée à travers le système de ségrégation raciale mis en place par les lois Jim Crow dans le Sud. Ces lois, en maintenant les Afro-Américains dans un statut subalterne, ont profondément marqué la construction d’une identité nationale américaine reposant sur la suprématie blanche.
Au lendemain de la guerre de Sécession et de l’abolition de l’esclavage, l’Amérique se trouvait face à une rupture civilisationnelle. Pour de nombreux Blancs, notamment dans le Sud, la perte de l’esclavage était vécue comme une menace à leur mode de vie et à l’ordre social qu’ils avaient connu. L’idéologie de la suprématie blanche, qui avait soutenu l’esclavage, a été redéployée après la guerre pour maintenir un pouvoir politique et social excluant les Afro-Américains, tout en justifiant la séparation raciale. En effet, cette idéologie n’a cessé de se nourrir de la peur de voir l’Amérique «perdre son essence», un concept central qui fait écho aux discours contemporains du MAGA.
Il est important de comprendre que ce phénomène ne se limite pas à la période de la Reconstruction (période qui a suivi la guerre de Sécession, de 1865 à 1877, où les États du Sud, anciens États confédérés, ont dû être réintégrés dans l’Union fédérale où les droits des anciens esclaves étaient redéfinis), mais qu’il traverse toute l’histoire américaine. Le Ku Klux Klan (KKK), fondé en 1865, est l’un des vecteurs les plus visibles de cette idéologie. Après une première phase de violence et d’intimidation pendant la Reconstruction, le Klan a connu une résurgence dans les années 1920, lorsque des vagues d’immigration ont modifié le paysage démographique des États-Unis, en particulier avec l’arrivée de migrants européens du Sud et de l’Est, ainsi que d’autres populations perçues comme «non-américaines».
Le Klan, qui prônait la suprématie blanche et la violence raciale, s’est nourri de ces peurs, redéfinissant l’identité nationale américaine comme étant exclusivement blanche, protestante et «anglo-saxonne». Il faut voir dans cette organisation et dans son idéologie la racine d’un nationalisme racial qui trouve aujourd’hui un écho dans des courants comme celui du MAGA.
Cette rhétorique exclusionniste a perduré, et s’est nourrie de la peur d’une dilution de l’identité américaine à travers les vagues d’immigration. L’immigration, notamment celle en provenance de pays non européens, a toujours été perçue comme une menace à l’unité et à l’homogénéité de la nation. Dans les années 1920, une série de lois ont été votées pour restreindre l’immigration en provenance d’Asie, d’Europe du Sud et de l’Est, en raison de l’idée que ces groupes étaient «racialement» incompatibles avec l’idéal américain. Ces peurs ont traversé tout le 20ème siècle et se retrouvent encore dans les discours contemporains, qui oppose l’immigration en provenance de pays musulmans, africains ou latino-américains à l’idéal d’une Amérique «pure» ou d’un Occident «pur», fondé sur des valeurs occidentales et chrétiennes. On peut établir un parallèle avec certains discours en Europe, notamment ceux d’Éric Zemmour en France, qui mettent en avant une rhétorique d’exclusion fondée sur la peur du «Grand remplacement». Ce concept, popularisé par des écrivains comme Renaud Camus, est souvent utilisé pour décrire une prétendue submersion démographique et culturelle de la population française (et plus largement occidentale) par des populations issues de l’immigration.
L’histoire de la ségrégation raciale aux États-Unis, qui a duré jusqu’au mouvement des droits civiques dans les années 1960, a également renforcé cette logique d’exclusion. En effet, après l’abolition de l’esclavage, les Afro-Américains ont dû se battre pendant près d’un siècle pour obtenir l’égalité des droits civiques. Les lois Jim Crow et les pratiques discriminatoires, qui reléguaient les personnes noires à des statuts subalternes dans tous les domaines de la vie sociale, étaient défendues au nom d’une prétendue «pureté» de la culture et de la société américaines. Ce rejet des minorités, au nom de la préservation de l’ordre racial, est l’un des éléments fondateurs du discours MAGA, qui propose de «restaurer» une Amérique triomphante, en s’appuyant sur une vision mythifiée d’une nation blanche et chrétienne.
Le Mouvement MAGA, en s’attaquant aux politiques migratoires contemporaines et en exaltant un retour à des valeurs traditionnelles, réactive ces fantasmes d’une Amérique originelle, où l’identité nationale était claire, homogène et excluait les «autres». Ce discours trouve un terreau fertile dans la marginalisation des classes populaires, qui se sentent dépossédées par la mondialisation et par des transformations économiques et culturelles qui bousculent l’ordre établi. Ces classes populaires, en particulier dans les zones rurales ou industrielles déclinantes, perçoivent l’immigration comme une menace à leur emploi et à leur mode de vie, mais aussi comme une dilution de l’identité américaine qu’elles chérissent. Ce rejet des changements sociaux et démographiques s’inscrit dans une longue tradition de résistances à la diversité, remontant aux premières formes de suprémacisme et de racisme institutionnalisé dans l’histoire américaine.
La vision du monde portée par le MAGA est, en fin de compte, une résurgence de cette longue histoire d’exclusion raciale et culturelle. L’idée d’une «Amérique grande» que ce mouvement identitaire entend restaurer s’apparente à un projet réactionnaire visant à préserver un imaginaire national qui a toujours eu pour fondement une conception raciale et culturelle de l’identité. Ce nationalisme se nourrit d’une nostalgie d’un passé où les catégories raciales étaient clairement définies, où l’Amérique se voulait une nation homogène et blanche, sans place pour la diversité. À travers le prisme du MAGA, ce passé est perçu comme une époque où l’ordre social et culturel était clair, où les élites politiques n’étaient pas perçues comme corrompues et où la souveraineté nationale était intacte. Cette vision est cependant fondée sur un mensonge historique, car elle ignore les inégalités raciales et sociales qui ont structuré la société américaine depuis ses origines, et efface les luttes des minorités pour obtenir des droits égaux.
Dans la politique actuelle, ce discours a trouvé une nouvelle légitimité et une force croissante, en grande partie en raison des transformations économiques et sociales des dernières décennies, ainsi que de l’augmentation de l’immigration en provenance de régions culturellement différentes. Le MAGA, en exaltant la «grandeur perdue» de l’Amérique, cherche à rétablir un ordre qui n’a jamais véritablement existé, en rejetant la diversité et en légitimant des pratiques de discrimination sous des apparences de protection de la souveraineté nationale et de la culture traditionnelle. En cela, il est l’héritier d’une longue tradition d’idées racistes et nationalistes, qui ont toujours cherché à maintenir une hiérarchie sociale fondée sur la race et l’appartenance à un groupe national homogène.
En Europe, les partis d’extrême droite, souvent qualifiés de «partis patriotes», se sont saisis de cette idéologie, en l’adaptant à un contexte géopolitique et socio-économique différent, mais également marqué par une crise identitaire. Ces partis, qui revendiquent une vision essentialiste de la nation et de la civilisation européenne, partagent plusieurs points communs avec les thèses du MAGA : rejet du multiculturalisme, dénonciation de l’immigration comme une menace et glorification d’une Europe traditionnelle, perçue comme étant en voie de disparition. Ces groupes se battent contre ce qu’ils appellent «l’invasion» des réfugiés et des migrants, en particulier ceux venus des pays musulmans et d’Afrique, qu’ils considèrent comme une menace à l’homogénéité culturelle et à la souveraineté des nations européennes.
Les partis «patriotes» européens, qui se réclament de la droite dure ou de l’extrême droite, ont trouvé dans le mouvement MAGA une forme de légitimation idéologique et un modèle à suivre. Leurs discours sont souvent construits autour de la dénonciation du «globalisme» des élites mondialistes et d’une vision essentialiste des nations et des peuples européens.
Ce lien idéologique se traduit par une convergence de leurs positions sur des questions clés, comme l’immigration, la souveraineté nationale, le péril islamiste et la critique du projet européen. La volonté de «restituer» l’Europe à ses peuples, perçus comme les héritiers d’une civilisation menacée par les influences extérieures, est au cœur de cette dynamique.
Le discours civilisationnel et la prétendue «menace» du multiculturalisme
Au cœur du mouvement MAGA, comme dans les partis européens d’extrême droite, se trouve une vision du monde profondément marquée par la défense de valeurs dites «traditionnelles». Pour ces courants idéologiques convergents, l’Europe, comme les États-Unis, est confrontée à une crise civilisationnelle, provoquée par l’immigration de masse, qui remettrait en cause les valeurs judéo-chrétiennes et les fondements culturels des sociétés européennes. Le multiculturalisme est perçu comme un phénomène déstabilisateur, une dilution de l’identité nationale, et même une forme de «colonisation» culturelle.
La critique du multiculturalisme dans ces milieux s’appuie sur une conception essentialiste de la culture, selon laquelle chaque nation ou civilisation posséderait une essence immuable, qu’il est impératif de préserver face aux influences étrangères. Cette vision repose sur une distinction claire entre «nous» et «eux», avec ce «nous» porteurs d’une culture et d’une civilisation supérieures, et ce «eux», les étrangers, dont l’intégration serait vue comme une menace à l’homogénéité sociale et culturelle.
Les partisans de cette idéologie voient dans l’immigration non seulement une menace économique (en raison de la concurrence qu’elle engendrerait sur le marché du travail), mais surtout une menace civilisationnelle, car elle serait synonyme de dilution des valeurs européennes. Ils considèrent les migrants comme porteurs de valeurs incompatibles avec celles de l’Occident historiquement chrétien. L’islam, en particulier, est souvent pointé du doigt comme étant incompatible avec les valeurs européennes. Cette approche essentialiste et réductionniste nie la diversité interne des cultures migrantes et la capacité des sociétés européennes à intégrer de nouvelles populations. Cependant, cette vision oublie que l’Occident lui-même a été traversé par d’innombrables schismes internes, notamment entre catholiques, protestants, orthodoxes et juifs, donnant lieu à des conflits violents et des massacres de masses, comme les guerres de religion, les persécutions antisémites et autres pogroms ou les tensions entre différentes branches du christianisme, illustrant que l’«identité chrétienne» de l’Occident n’a jamais été un bloc homogène et paisible, mais a toujours été marquée par des fractures profondes et des violences internes souvent mortifères.
Les enjeux démographiques et économiques de l’immigration
Les partisans du mouvement MAGA, ainsi que les partis européens d’extrême droite, mettent en avant des arguments démographiques et économiques pour justifier leur rejet de l’immigration. Selon eux, l’immigration serait la cause de la décadence européenne, une force qui précipiterait l’effondrement des sociétés occidentales. Ce discours s’appuie sur une vision catastrophiste de l’avenir, où la perte de contrôle sur les flux migratoires entraînerait la disparition de l’Europe «de souche».
Cependant, cette analyse ignore les réalités démographiques et économiques qui justifient l’immigration en Europe. D’abord, les sociétés européennes sont confrontées à un vieillissement démographique préoccupant, avec des taux de natalité en baisse et une population vieillissante. Dans ce contexte, l’immigration apparaît comme un levier essentiel pour maintenir les systèmes de sécurité sociale et soutenir la croissance économique. Les migrants, en particulier ceux issus de jeunes générations, contribuent au renouvellement de la population active, à l’essor des secteurs économiques en pénurie de main-d’œuvre, et au financement des retraites.
De plus, de nombreuses études ont montré que l’immigration apporte des bénéfices économiques substantiels, en particulier à long terme. Les migrants remplissent des emplois que les populations locales ne sont pas prêtes à occuper, notamment dans des secteurs tels que la construction, les soins à la personne, ou l’agriculture. Ils apportent également une dynamique entrepreneuriale, créant des entreprises et des emplois dans les régions où ils s’établissent. Tout notre modèle social a été conçu dans l’idée que la jeunesse était une denrée abondante, vouée à rester majoritaire, et que les générations allaient se renouveler de manière perpétuelle. Nous avons tout misé sur la démographie en croyant que notre politique familiale suffirait à garantir son dynamisme. Cette croyance a fait long feu. Notre pyramide des âges est peu à peu en train de s’inverser, les plus de 60 ans sont désormais plus nombreux que les moins de 20 ans et le seuil de renouvellement des générations n’est plus qu’un lointain souvenir.
La dénatalité et son corollaire, le grand vieillissement de notre population, sont en train de lézarder les fondations de notre modèle social car il y a toujours moins d’actifs pour financer toujours plus d’inactifs. Nonobstant, face au nombre important de retraités que nous comptons aujourd’hui, notre population active n’augmente plus.
Or, le besoin de financement des dépenses croissantes liées au payement des pensions et des soins de santé pèse de plus en plus lourdement sur les épaules des actifs, qui doivent sacrifier une part toujours plus conséquente de leurs revenus du travail, ainsi que sur les comptes publics qui n’ont jamais été aussi détériorés en période de paix. Ces dépenses sont d’ailleurs devenues notre premier poste budgétaire et notre première source d’endettement. La raréfaction tendancielle des jeunes réduit la population en âge de travailler, limitant ainsi la force de travail et la croissance économique potentielle. Le risque, c’est que le retournement démographique à l’œuvre fasse basculer nos sociétés dans un défaitisme structurel insoluble.
Pourtant, si la population continue d’augmenter encore, certes plus lentement, c’est presque uniquement grâce au solde migratoire qui assure désormais la grande majorité de notre croissance démographique. En effet, depuis plus de 20 ans, le solde naturel est surpassé par le solde migratoire pour alimenter la croissance démographique. À partir de 2040, le solde migratoire devrait être le seul moteur de croissance démographique, puisque le solde naturel deviendra négatif. Il est donc essentiel de comprendre les tendances démographiques pour relever les défis en matière d’emploi et de croissance économique. Néanmoins, il faut rester vigilants à ce que ce débat important lié à la dénatalité et au déclin démographique réel et factuel ne soit pas instrumentalisé par les courants réactionnaires porteurs d’autres desseins idéologiques, tels que celui notamment du «réarmement nataliste» avec, en filigrane, une préférence identitaire pour que ce soit surtout une recrudescence de bébés bien blancs.
La résistance aux thématiques néoréactionnaires et la lutte contre la «dérive décadente»
Au cœur du mouvement MAGA en Europe, comme dans les partis d’extrême droite, se trouve une vision du monde qui combine un rejet de la modernité, du progrès social, et une critique virulente de ce qu’ils considèrent comme la «dérive décadente» de l’Europe. Cette décadence se manifeste, selon eux, par l’acceptation de l’immigration, la promotion des droits des minorités, la reconnaissance des droits des femmes, et la défense de la diversité sexuelle et culturelle. Ce rejet global du progrès trouve souvent écho dans une appellation fourretout et peu crédible nommée maladroitement le Wokisme. Pour ces néoréactionnaires, l’Europe serait en train de perdre son âme en se tournant vers une «idéologie progressiste» qui affaiblirait ses fondements traditionnels. Ce rejet de la modernité s’accompagne d’un retour à une vision patriarcale de la société, où les rôles sociaux sont strictement définis, et où les valeurs chrétiennes et nationales seraient les garantes de l’ordre social et moral. Cette lutte contre la «dérive décadente» prend une forme concrète dans les actions politiques et sociales de ces mouvements. Les discours antidémocratiques, nationalistes et xénophobes, qui s’attaquent à l’État de droit, aux institutions, et aux principes de solidarité, se rejoignent dans un projet commun : la reconstruction d’une Europe «authentique» et «pure», débarrassée de toute influence étrangère et de toute forme de modernité perçue comme une menace.
Pourtant, on ne peut s’empêcher d’évoquer dans ce débat le vote important des Afro-Américains et Latinos pour Trump lors de la dernière élection présidentielle. Ce soutien paradoxal au candidat républicain de communautés traditionnellement perçues comme progressistes peut être vu comme une forme de réaction contre ce qu’ils considèrent comme un progressisme excessif qui remet en question les valeurs traditionnelles et masculines auxquelles une partie de ces communautés s’identifie. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus largement observée dans de nombreuses sociétés où des mouvements de rétablissement de l’ordre patriarcal et de réaffirmation de la virilité se manifestent, alimentés par la peur d’une perte de pouvoir ou de statut dans un monde en mutation rapide.
Les implications d’une idéologie en expansion
En somme, l’influence croissante du mouvement MAGA en Europe et de ses alliés d’extrême droite témoigne d’une crise idéologique et culturelle qui traverse de nombreuses sociétés européennes et bien au-delà. Cette dynamique trouve également un écho dans le récent succès de l’extrême-droite au Chili avec la victoire de José Antonio Kast qui devient le nouveau Président dans un pays qui, après avoir vécu sous la dictature terrifiante d’Augusto Pinochet, semble aujourd’hui renouer avec des discours nationalistes, ultraconservateurs et violents sur les questions migratoires. Redéfinissant de la sorte l’ordre social et politique tout en réactivant des mémoires de répression et d’oppression pour certains, et de stabilité et d’autorité pour d’autres.
Le rejet du multiculturalisme, de l’immigration et des valeurs progressistes constitue le cœur de cette mouvance, qui cherche à imposer une vision essentialiste et réactionnaire de l’Europe. En dépit des bénéfices économiques et sociaux évidents de l’immigration, les partisans de cette idéologie continuent de faire porter sur les migrants la responsabilité d’une prétendue décadence civilisationnelle. Ce mouvement, qui se nourrit des peurs et des frustrations des classes populaires, constitue une menace pour les principes démocratiques, humanistes et solidaires qui ont façonné l’Europe contemporaine. Si la réflexion sur les défis démographiques et sociaux que pose l’immigration est légitime, elle ne doit pas se faire au prix de la stigmatisation des migrants ni d’une vision régressive de la société. La confrontation entre ces deux visions du monde - l’une progressiste et inclusive, l’autre réactionnaire et identitaire - marque sans doute l’une des grandes batailles idéologiques de notre époque.
Et comment ne pas terminer cette analyse avec la justesse des mots de Frantz Fanon - psychiatre, écrivain, essayiste et militant révolutionnaire martiniquais – issus de son livre «Les Damnés de la Terre» (manifeste de décolonisation et de lutte contre l’oppression) écrit en 1961 pendant la guerre d’Algérie : «Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir». Cette citation de Fanon souligne l’idée que chaque époque est marquée par des luttes idéologiques et sociales, et que chaque génération porte la responsabilité de façonner l’avenir. Elle résonne particulièrement dans le contexte des défis idéologiques actuels et le combat entre les forces progressistes et réactionnaires est un moment clé où la mission de chaque société, chaque génération, est de choisir entre régression et émancipation, entre repli et ouverture, entre homogénéité et diversité…