Comprendre l’Erythrée pour mieux comprendre l’exil

Midi-Débat – «Érythrée: une nation sous verrou? Entre répression, migrations et perspectives d’avenir»

Pourquoi tant d’Érythréen·ne·s arrivent en Belgique? Pourquoi fuient-ils en si grand nombre? Et comment mieux les accompagner ici?

Lors du dernier midi-débat, le Pr Alain Gascon, spécialiste de la Corne de l’Afrique, a proposé une plongée indispensable dans l’histoire, la politique et la société érythréenne. Jeune État indépendant depuis 1993 mais enraciné dans une histoire millénaire, l’Érythrée reste souvent méconnue, évoquée seulement via les chiffres de l’asile ou des rapports sur les droits humains.

Pour guider votre lecture, nous avons résumé en 6 points essentiels ce que le Pr Gascon a partagé. Pour l’ensemble des informations académiques et analyses détaillées, vous pouvez visionner la conférence complète sur notre chaîne YouTube.

Un pays né dans la guerre: comprendre les racines du régime

  • État jeune, territoire ancien: indépendant depuis 1993 mais habité depuis des millénaires.
  • Héritage complexe: plus de 60 ans de guerres, colonisations et luttes internes.

À retenir:

  • Colonisation italienne (1890–1941): modernisation mais autoritarisme
  • Administration britannique (1941–1952): transition limitée
  • Fédéralisation puis annexion par l’Éthiopie (1952–1962)
  • Guerre d’indépendance (30 ans) et conflits internes

«L’Érythrée ne s’est pas construite en paix. Elle s’est construite dans le combat.» – Pr Alain Gascon

Cette histoire explique la méfiance, le contrôle social et la valorisation de la discipline militaire. Depuis l’indépendance, la militarisation et l’élimination des rivaux ont préparé un pouvoir autoritaire, verrouillé et centralisé.

Un régime verrouillé: service militaire illimité et contrôle social

Le régime d’Isayyas Afewerqi s’appuie sur:

  • Concentration du pouvoir
  • Militarisation via le service national
  • Répression politique et surveillance sociale
  • Contrôle de la diaspora

«À la sortie du secondaire, des milliers de jeunes sont envoyés dans des camps comme Sawa, dans des conditions particulièrement dures. Après la formation, ils travaillent souvent pendant des années pour des entreprises publiques, sans possibilité de quitter le service.» – Pr Gascon

Conséquences humaines:

  • Vie planifiée par le régime, pas par les individus
  • Travail forcé et arrestations arbitraires
  • Contrôle strict de la société (médias, religion, déplacements)

«Le service militaire n’est pas une parenthèse de la vie. C’est la vie elle-même.»

C’est la principale raison pour laquelle de nombreux jeunes prennent la fuite.

Une migration d’exil
Une migration d’exil

Une jeunesse qui migre par manque d’avenir, pas par confort

La migration érythréenne est une migration d’exil.

Pourquoi partent-ils?

  • Échapper au service militaire sans fin
  • Fuir la répression politique
  • Rechercher des perspectives économiques et sociales
  • Rejoindre des proches ou trouver un espace de liberté

Le parcours: dangereux, via Soudan, Éthiopie, Libye, mer Rouge, Méditerranée, marqué par la torture, extorsion, trafics, noyades. «Chaque Érythréen qui arrive en Belgique est déjà un survivant.»

Une diaspora structurée, dynamique… mais surveillée

La diaspora joue un rôle crucial: soutien financier, logistique et politique. Mais elle est aussi mise sous pression par le régime:

  • Taxe obligatoire de 2 % des revenus
  • Surveillance et menaces sur les familles restées au pays

À retenir:

  • Églises: repères sociaux et identitaires
  • Réseaux transnationaux: soutien financier et résistance
  • Pressions politiques constantes

Pourquoi cela nous concerne en Belgique

Pour les professionnels de l’accueil et de l’intégration:

  • Comprendre la trajectoire d’exil = mieux accompagner
  • Adapter l’accueil aux besoins spécifiques: temps, encadrement, médiation culturelle, activités collectives
  • Reconnaître un rapport complexe à l’autorité et un vécu de survie

«Pour soutenir les publics érythréens, il faut d’abord comprendre de quoi ils viennent.»

À retenir:

  • L’Érythrée: pays marqué par guerres et domination
  • Service militaire illimité = principale cause d’exil
  • Migrants souvent traumatisés et isolés
  • Diaspora = soutien et contrôle
  • Accueil en Belgique doit s’adapter à ce parcours singulier

Et demain? Les scénarios possibles pour l’Érythrée

  • Position géopolitique stratégique: littoral sur la mer Rouge, influence régionale via troupes et alliances
  • Après-Isayyas: président proche de 80 ans, aucune succession claire
  • Scénarios envisagés:
  1. Maintien du régime actuel (court terme)
  2. Transition interne en cas de crise
  3. Ouverture sous pression internationale

La situation humanitaire restera fragile, quel que soit le scénario.


Conclusion: comprendre pour mieux accompagner

Accompagner des Érythréens en Belgique, c’est:

  • Reconnaître leur histoire lourde et complexe
  • Valoriser leur résilience
  • Adapter l’accueil, l’écoute et l’accompagnement avec rigueur et humanité

Pour découvrir tous les détails et analyses du Pr Gascon, visionnez la conférence complète sur YouTube.

Ressources et liens